

Paris 2019 - © M. Choukrane
way way wave
il est dit que toi & moi par ce chemin nous passions
que nos destins s’entremêlent
il est dit que toi & moi de cette manière nous fassions l'amour
le jeu des écrans
le fantasme en action
je rêve de ton sexe confiné
bouche bée
pendant qu'à Tancarville on compte les cas
qu'on y arrive encore par l'autoroute
jusqu'à la mer
que derrière les volets il y ait
cloîtrés
des bonheurs simples
des franges de perfection
des ventres d'entente & des séparations
des solitudes rebelles
des mises en scène de la passion
parfois une grandiloquence des expressions
une dose de show business
des coups échangés
du refuge dans la peur
des valses masquées
& plus
mais dieu
que le feu de ton absence est transe étrange
en ces temps de réclusion
Olivier Vanderaa, colporteur de mots
En 2020, durant la période du Covid, j'ai proposé à plusieurs personnes d'écrire sur une de mes photographies.


Ancona 2015 - © M. Choukrane
Banc isolé, calme, serein, reposé, posé là, apaisé, habillé d'un tablier
de 24 cases, divisé symétriquement.
Solitaire.
Le soleil décline.Autour de toi, les hommes se rassemblent.
Sur toi deux s'assoient.
Adversaires, ils se battent, se bloquent, s'opposent, se confrontent, s'acharnent, se lamentent, se chicanent, ergotent, se provoquent,
se querellent, se houspillent, se fustigent.
Les pions circulent.
Tu vis.
Catherine Binnaux, enseignante
Un morceau de sucre !
Un morceau de sucre en marbre de Carrare immaculé.
S'il est horizontal, c'est un socle au sol.
Il attend sa statue.
S'il est vertical, c'est un ex-voto au mur.
Il est ouvert à toute proposition, toute inscription. Toute apparition.
Immuable carré de lumière en attente...
Autour du sucre en marbre, le monde se dégrade : fissures, salissures, tavelures.
Michel Jamsin, artiste peintre


Casterfidardo 2015 - © M. Choukrane


Paris 2018 - © M. Choukrane
Aux anges déchus
Livrés aux flots
Croupissants ou rugissants
Aux Michel-Anges
Aux colombes blanches
Aux anges déçus
Libres et fourbus
Catherine Hennaux


Bologna 2016 - © M. Choukrane
Murnau. Le Nosferatu de Murnau. Les mains de Nosferatu : ce ne sont pas ces mains que j’ai vues, mais c’est l’image de ces mains qui m’a d’abord envahi, telle une fulgurance. L’effroi, la mort, …
Une radiographie des deux mains, l’auriculaire droit ayant été victime d’une méchante fracture ?
La vision est plus rationnelle : des os, des os dépourvus de chair. Certes, les os d’un squelette peuvent encore évoquer la mort… Ou l’odeur des hôpitaux… Ou encore la souffrance... À ce stade, ce n’est guère réjouissant…
Un passant… Ouf, il y a de la vie ! Une pulsation : le passant marche, le passant passe… L’index droit bagué ou la jante d’une roue d’automobile ?
Une main gauche tatouée ou les feuilles d’un arbre ?
On devine les lettes « CV » sur la plaque d’immatriculation de la voiture claire : « CV » pour curriculum vitae ? Un passant, des autos qui roulent, un arbre : c’est encore de la vitae. Tant mieux !
Et puis il y a une horizontale et une verticale… qui se croisent… Serait-ce le signe du dépassement d’une simple quête esthétique dans le chef du photographe ?
Yves Cekevda, cruciverbiste


Prague 2020 - © M. Choukrane
Des fragments, des extraits, des résidus de nous
On en donne, on nous en vole, on en répand partout
Là où l’on passe, où l’on traîne, où l’on habite, où l’on s’égare
Tous ces lieux que l’on a foulés en sont les témoins, quelque par
Il y a ces parts de nous que l’on offre en présents
Pour célébrer des unions, des liens, des événements
Parfois, on va chercher loin quitte à sortir le grand jeu
Parfois, rien que pour le geste, on meuble avec ce qu’on peut
Il y a ces parts de nous qui s’effritent comme des peaux mortes
Comme une mue qui s’opère, une métamorphose, en sorte
Qui nous pare autrement pour mieux surmonter un coup dur
Nous alléger d’un surplus en vue de prochaines aventures
Il y a ces parts de mémoire bien imprimées dans nos neurones
D’instants incontournables qui nous font redevenir mômes
Des tas de moments qui se greffent, alors que d’autres se meurent
Plus de prénoms qui se rajoutent, puis, les prémices d’Alzheimer.
Il y a ces parts de nous, qu’on arrache, qu’on démembre
Des pièces maîtresses, vitales, au combien importantes
Des personnes qui se tirent pour un bien, pour un pire
Qui restent omniprésentes, tatouées par nos souvenirs
Il y a ces parts de nous que l’on diffuse dans l’air
Puis, certaines parts de nous qui s’exprimeront dans l’art
Qu’on viendra révéler, réveiller comme de l’or qui dort
Teintées de maux, d’écrits, de nuances de cris insonores
Il y a ces fêlures qui résultent de trop de temps passé seuls
Qui nous déplument un peu les ailes, grignotent des pièces du puzzle
On cherche à récupérer celles qui nous creusent comme un manque
Des fois, au hasard d’une rencontre, on les comble, on les réinvente
Il y a ces parts de nous, qu’on a dédiées à un amour
Pour le nourrir, l’alimenter de plaisirs qui se savourent
Des choses qui resteront en elle, des parts d’elle que tu garderas
Des lueurs pourtant si réelles qu’à la longue, le temps te volera
Il y a ces parts de nous, exprimées à l’état liquide
Celles qui font déborder le vase et celles qui nous désinhibent
Sans compter, celle qui s’expulse, emménage chez ta partenaire
Pour venir y squatter 9 mois avant d’apparaître de chair
On a des parts d’âmes dévoilées qui auraient pu être vendues
On a des rêves qui se sont barrés, qu’on n’a pas assez défendus
Il y a l’armure semblant intacte, pourtant rouillée, maintes fois fendue
Il y a l’allure, la carapace jugée sur des malentendus
Des extraits, des fragments, des résidus de nous
Nous morcellent, nous complexent, quittent nos corps ou nous trouent
Nous voudrions être accomplis, être faits d’un seul bloc, être entiers...
Acceptons notre part incomprise, car au fond, nous sommes incomplets.
Nicolas Diricq, serial dreamer


Paris 2019- © M. Choukrane
Je suis ce vieil homme
Aux épaules voûtées
Que j’ai pourtant fui
Pendant des années
Entre deux soupirs
Je l’entends siffler
Un air de famille
Qui me fait perdre pied
Pour pas prendre de place,
Je m’suis écrasé
Pour pas faire de vagues,
Je me suis noyé
Je m’suis trompé d’vie
Je m’suis perdu d’vue
Et par politesse
J’ai laissé passer
Mes envies d’avant
Toutes évanouies
Mes rêves révolus
Tous inavoués
Qui part à leur chasse
Risque de perdre la face
Mona Marchetti, artiste


Prague 2020 - © M. Choukrane
Au début, c’était comme un jeu. J’en avais appris les règles très tôt. Il y avait mon monde, et le leur. Je n’avais que quelques marches pour devenir celle qui convenait à l’un ou à l’autre. C’était une véritable farce qui créait en moi d’invisibles fou rires.
Le tout était de savoir jouer avec la nuance, afin de varier les plaisirs. Je pouvais incarner mille personnages différents sans que leurs regards fatigués n’aperçoivent le moindre changement.
Ne mentons pas, en montant, mon imagination explosait autrement. Mais le défi du bas avait un côté excitant que le haut ne possédait pas.
J’excellais dans toutes ces savoureuses dissimulations. J’étais la maîtresse de toutes les parties. Je ne savais pas que j’étais loin d’être la seule à jouer, c’était donc facile de gagner.
Il n’y a eu aucune rupture, aucun choc brutal. Juste une compréhension des autres qui s’est doucement glissée en moi. Un murmure lointain s’imposant peu à peu pour devenir écrasant.
Être un imposteur est foutrement banal.
J’ai appris à l’accepter, aujourd’hui.
Mais pourquoi m’est-il à présent même impossible de reconnaître mon ombre sur le mur ?
Laura Marchetti, musicienne


La Havane 1997 - © M. Choukrane
Les plateaux sont immobiles.
Horizontale.
L’oeil d’Eduardo scrute.
Scrute la moindre oscillation.
Le moindre vol d’aile au vent absent
Eduardo scrute
L’acier usé
Le balancier
Tôle gondolée
Galvanisée
Astiquée par tant d’années de pesées
Le temps lui a volé
Les gamins rieurs
Les cacahuètes sucrées
La musique qui chatouille les jambes.
L’homme est ratatiné derrière tout ce qui lui reste :
L’étal en bois raboté
La balance
Le toit de tôle,…
Le même homme, Eduardo
Haut en couleurs
Si vif au temps où son corps sec et fier arpentait les quais dès l’aube.
Le retour des chalands.
Au moment où les poissons agitent encore l’argent de leurs écailles
L’oeil effrayé
Comme s’ils savaient le son sec de la lame d’acier sur le bloc de bois.
Tête tranchée.
Viscères arrachés, jetés à même le sol.
Françoise Steurs, artiste