De sable et de silence
Dans les châteaux édifiés par nos enfants,
l’éphémère se fantasme sciemment.
On s’enfonce avec une petite pelle,
à l’assaut de grands rêves,
de sas secrets et friables,
de chimères sous haute protection,
où l’on chemine
à la poursuite
de mondes mystérieux,
hostiles ou inaccessibles.
Bravant le vent et les vagues à venir,
on s’introduit dans les entrailles royales
pour en extraire la terre-mer.
On s’allie à de lointains chevaliers,
on embroche,
on prend garde,
on fracasse.
Tour à tour dans les donjons crénelés,
on se mure,
on fortifie,
on cuirasse.
Corps de sable offert à la fatigue du monde,
le fort respire.
Ses tours se dressent comme des vertèbres fragiles.
On charrie l’eau,
on bénit,
on trace les remparts,
cercles protecteurs des peurs lutines.
Dans le silence,
on s’initie.
Le rivage devient douve provisoire contre l’invisible.
Il retient le trouble
autant que le flot amer
mais l’afflux
éternellement
défait l’ouvrage.
Enfin,
livrant le castel au creux du temps menaçant,
on renonce.